Les dernières heures de la première présidence de Donald Trump en janvier 2021 ont été marquées par une rafale de grâces et de commutations de dernière minute, mais une action en grâce très attendue ne s'est jamais matérialisée. Désormais, le gestionnaire de fonds spéculatifs Dan Loeb a révélé les pressions en coulisses qui ont empêché la libération de Ross Ulbricht—une menace du Département de la Justice qui a finalement retardé la libération du fondateur de Silk Road de quatre ans.

Selon la divulgation de Loeb, les responsables du DOJ ont avertis le président Trump qu'ils le « poursuivraient » s'il procédait à la commutation de la peine d'Ulbricht lors de son dernier jour au pouvoir. La menace s'est avérée efficace, forçant Trump à abandonner l'action en grâce et laissant Ulbricht à purger des années supplémentaires en prison fédérale jusqu'à recevoir une grâce complète en janvier 2025 lors du second mandat de Trump.

La révélation expose les efforts extraordinaires auxquels les responsables du Département de la Justice ont eu recours pour empêcher la libération d'Ulbricht, même alors que la première présidence de Trump touchait à sa fin. Ross Ulbricht, qui a créé le marché darknet Silk Road facilitant les transactions Bitcoin pour divers biens et services, était devenu une cause célèbre parmi les libertariens et les défenseurs des cryptomonnaies qui considéraient sa condamnation à perpétuité comme une punition disproportionnée.

Le témoignage de Loeb illustre les calculs politiques complexes entourant les décisions en matière de grâce de haut niveau. L'intervention du DOJ représente une assertion inhabituelle de l'influence de l'appareil judiciaire sur les pouvoirs présidentiels en matière de grâce, traditionnellement considérés parmi les autorités constitutionnelles les moins entravées du président. En menaçant des représailles contre Trump personnellement, les responsables du Département de la Justice ont effectivement transformé l'affaire d'Ulbricht en un test de volonté entre différentes branches du pouvoir gouvernemental.

Le retard de quatre ans entre la commutation bloquée et la grâce éventuelle souligne comment la pression institutionnelle peut supplanter les prérogatives présidentielles, même dans les derniers moments d'une administration. Les partisans d'Ulbricht avaient mobilisé d'importants efforts de plaidoyer lors du premier mandat de Trump, arguant que sa punition—l'emprisonnement à perpétuité sans libération conditionnelle—dépassait les peines généralement imposées aux criminels violents et aux grands barons de la drogue.

Le moment de l'intervention du DOJ s'avère particulièrement significatif compte tenu de la déférence historique du Département de la Justice envers les décisions présidentielles en matière de grâce. Les anciens présidents ont régulièrement accordé des grâces controversées sans faire face à des menaces directes des poursuivants, ce qui rend l'affaire Ulbricht un apparent cas particulier dans les relations exécutive-judiciaire. La menace suggère que les responsables du DOJ considéraient la prévention de la libération d'Ulbricht comme valant le risque d'une crise constitutionnelle sur la séparation des pouvoirs.

La révélation de Loeb soulève également des questions sur le préjudice juridique spécifique que le DOJ a menacé de poursuivre contre Trump. La nature vague de l'avertissement « poursuivre »—qu'il s'agisse d'enquêtes existantes, de charges potentielles nouvelles, ou d'un examen judiciaire accru—démontre comment les menaces ambiguës peuvent s'avérer aussi efficaces que l'action juridique concrète dans la formation des décisions politiques.

La résolution éventuelle est intervenue quatre ans plus tard lorsque Trump, nouvellement investi pour son second mandat, a accordé une grâce complète à Ulbricht en janvier 2025. À ce moment, le paysage politique s'était considérablement déplacé, réduisant potentiellement la volonté ou la capacité du DOJ à exécuter ses menaces antérieures. La grâce réussie a validé les partisans d'Ulbricht tout en mettant en évidence comment le moment et le contexte politique peuvent déterminer le sort des pétitions en matière de grâce.

Cet épisode révèle la nature fragile des pouvoirs présidentiels en matière de grâce lorsqu'ils sont confrontés à une opposition institutionnelle déterminée. Bien que les présidents possèdent une large autorité constitutionnelle pour accorder des grâces et des commutations, le témoignage de Loeb démontre que les pressions informelles et les menaces peuvent efficacement restreindre ces pouvoirs. L'affaire Ulbricht devient ainsi une étude de cas sur la manière dont la résistance bureaucratique peut retarder la justice même lorsque la direction exécutive soutient l'action en grâce.

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